Ecotrail de Paris

17 mars 2018

18, 30, 45 ou 80 km

 

 


Ecotrail 2018 : Dantesque !

Un millésime qui restera dans les mémoires tant les conditions ont été sévères, avec la pluie , la neige, le froid et surtout la boue qui rend les appuis fuyants, les chutes qui traumatisent les corps, les ruisseaux épais dans la nuit sans lune.
L'homme est ainsi fait qu'il va chercher dans la lutte contre l'adversité la source d'un plaisir intime qu'il confronte à sa fierté de vivre. La solitude partagée du trailer finisher est inscrite dans ses neurones qui dirigent son corps!

Les inconscients vainqueurs de ces périls s'appelaient Adil, Valérie, Delphine, Marc, Géraldine, Patrick, Olivier, Garette....

=>  Voici le récit de Valérie sur le trail 30 km :

Si tu te rappelles le trajet du 18km l’année dernière et bien il faut imaginer:

1- Le même trajet avec des coulées de boue dans les côtes....Des vagues de boue qui descendent ... ça je n'avais jamais testé! Très chouette !

2 - Des flaques de boue : toujours sympa la sensation du talon qui se désolidarise de la chaussure...et la question qui tourne : va-t-elle rester au fond de la flaque ou pas? 

3- De la pluie.

4 - Des coureurs qui s'étalent en 1/4 de seconde dans la boue : quand le premier s’étale dans les 5 premiers km , ça calme...

5 - De la pluie non stop : comme ça, on ne prend pas de risque de changement de température!

6 - Adil chanceux a eu pluie et neige.

7 - Des chaussures que j'ai choisies longuement sur internet pour qu'elles soient notamment légères, là elles faisaient chacune 17,9 kg et ça, les vendeurs ne m'avaient pas prévenu... merci les trailers!

8 - Le froid.

9 - Des doigts qui gonflent avec le froid et comme on ne court pas les mains en l’air... forcément c'est mal barré pour que ça évolue.

10 - Des mains gonflées avec des doigts difficiles à plier : cela rend le mouchoir en papier dans la pochette du sac à dos très difficile à attraper... 

11 - Une arrivée à la Tour Eiffel dans un état d'épave! La marche en canard, aucun risque d'excès de vitesse...certes...

Voilà, ça fait envie bien sûr! Tu aurais adoré!

Vingt fois je me suis dit :  à la première station de métro, je fonce dedans... mais une fois à St. Cloud, les quais étant couverts de bitume à volonté, alors ... bein chez Courir-en-Duo, on n abandonne pas comme ça! Donc j ai continué... et j ai râlé! J'ai beaucoup pensé à Adil et à Marc qui ont eu en plus la neige et 45 bornes à  faire. Franchement : chapeau! Ils ont vraiment dû galérer dans la forêt!
Enfin pour conclure: je suis prête à me reé-nscrire mais si la météo annonce de la pluie, alors je ne prendrai pas le départ!
Et là, vu mon état, si je bois un coup pour fêter le fait d'avoir fini par exemple, je pense que je m écroule direct
Tout ça en 3h52 ! Je me disais 3h30 ou 3h45 , oui, oui bien sûr... Raté!
J'avais du oublié l'arrêt au stand....pour le ravito! Ce doit être cela, il y a du boulot !

A bientôt.

Valérie

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=> Voici le récit de Patrick sur le trail 45 km :
 

Nous sommes dans le parc du château de Versailles et Adil arrive avec Marc, son guide, pour affronter la distance de 45 km sur cet Ecotrail 2018 qui restera dans toutes les mémoires.
La veille au soir, les organisateurs ont envoyé un mail à tous les participants pour les alerter de conditions météorologiques très difficiles liées à une brutale chute des températures et des précipitations très importantes. Personne ne mesura l’importance et la pleine portée de cette alerte.

Sur la ligne de départ, Adil a droit à une ovation car le speaker, ami de Marc, annonce à tous les participants l’exploit qu’il va tenter de réaliser. Marc et Adil ont même le privilège d’un départ anticipé et de réaliser le tour du Grand Canal seuls.
Ce départ remarqué vaudra à Adil de bénéficier des encouragements de tous les coureurs tout au long du parcours.
Les premiers kilomètres se passent facilement et ont le mérite de permettre aux organismes de retrouver une température agréable.
Au 10e km entrée dans la forêt de Meudon et premières foulées dans la boue souvent en monotrace.
Adil grâce a ses entraînements réguliers avec le groupe durant tout l’hiver déroule facilement et absorbe les kilomètres sans difficulté.
Dans la forêt de Meudon, à l’approche de Chaville, le parcours connaît des dénivelés significatifs mais Adil les absorbe de façon volontaire en marchant d’un pas régulier sous les conseils et encouragements de Marc, coach très expérimenté (SantéLyon en décembre dernier).
Le ravitaillement du 25e km à Chaville et sa soupe sont les bienvenus. En effet la neige commence à tomber avec 24 heures d’avance et devient de plus en plus épaisse.
À la sortie du ravitaillement, dans une descente très boueuse , Adil chute, son corps encore engourdis par le froid.
Au 27e km, à Chaville, avant l’entrée dans la forêt de Fausses-Reposes, comme convenu, Adil et Marc retrouvent Patrick qui a du écourter la distance en raison de cinq côtes cassées au début du mois de février lors d’un accident de scooter.
Ce guide supplémentaire est le bienvenu pour le binôme qui commence à fatiguer dans cette boue de plus en plus épaisse, lourde et profonde avec une neige qui se renforce.
Le parcours dans la forêt est endommagé par le passage des milliers de coureurs du 18 km et du 30 km et le groupe est parfois obligé de sortir du tracé principal pour enjamber arbres et racines sur les côtés.
Le trinôme passe les étangs de Corot et arrive à Marnes la Coquette. Patrick qui connaît ce coin par cœur donne toutes les indications à Adil qui se repère très bien pour lui aussi s’entraîner souvent dans cette forêt.
L’entrée dans le Parc de Saint-Cloud au 30 ième km marque à la fois l’arrivée dans notre terrain de jeu du dimanche matin et l’atteinte du point culminant du parcours qui devraient être synonymes de soulagement pour le trio.
C’est sans compter sans cette neige, ce froid et cette boue de plus en plus lourde et profonde.
Nous arrivons au ravitaillement du 35eme km sur la terrasse de Saint-Cloud. La soupe chaude fait du bien. Nous retrouvons Geraldine qui a fait le 18 km le matin.
Nous finirons donc les 10 derniers km à quatre, ce qui n’est pas trop après ce qu’Adil vient d’affronter.
Ces 10 derniers kilomètres sont en principe faciles: à plat le long de la Seine en direction de la Tour Eiffel.
Mais les 35 premiers km, le froid, la boue et la neige ont laissé des traces. Nous devons juste gérer l’effort, la distance et cette dernière heure de course.
Adil parle presque plus et sourit moins. Ceux qui le connaissent bien mesurent ce que cela signifie!
Sa foulée est loins fluide. Sans rien dire, les trois guides multiplient les encouragements et les diversions.
Au fil des kilomètres, Adil retrouvent ses forces. Nous dépassons régulièrement des coureurs. Derrière leurs encouragements, nous lisons un mélange d’admiration et d’écœurement : comment fait-il ?
Île Saint-Germain, statue de la liberté, pont de Bir-Hakeim. La Tour Eiffel est proche.
Nous entendons le speaker qui nous repère tout de suite. Dernière ligne droite. Tout le monde applaudit et crie.
Nous sommes en ligne tous les quatre à nous donner la main.
Le sourire d’Adil est magnifique, c’est la plus belle des récompenses. L’émotion étreint chacun de nous quatre.
Après 5 heures 50 d’effort, Adil franchit la ligne. Un authentique exploit.
Il est bien sûr premier de sa catégorie.
Le speaker lui tend le micro. Dans son humilité et sa gentillesse légendaires, Adil n’a que des « merci » pour les organisateurs, les bénévoles, ses guides....
Et Adil annonce: « après le 30 km l’an dernier, le 45 km cette année, l’an prochain je fais le 80 km.
Marc et moi échangeons un regard et une grimace: notre Adil est magnifiquement sans limite.
Merci et bravo Adil !

 
=> Voici le récit de Régis sur le trail de 80 km:


Après avoir testé toutes les distances de l’Ecotrail Paris, il me restait plus qu’à me mesurer à l’épreuve Reine du 80km.
Ma préparation début réellement le 1 Décembre 2017 à raison de 80km en moyenne par semaine… Pour me sentir moins seul, aux aurores dans le froid, la neige, le vent et la pluie, je me suis souvent rattaché aux cordelettes de non-voyant pour me tenir chaud avec Mériam (elle-même en préparation Marathon) ou Tony.

Durant ces trois mois de préparation par tous les temps, je me disais souvent : "c’est bon, le jour de l’Ecotrail ça ne pourra pas être pire…". La semaine qui précède la course, je suis passé par toutes les applis météo qui existent en espérant tomber sur celle qui annonce un rayon de soleil… jamais trouvée. Même UtopiaMétéo annonçait quelques nuages et flocons.

Le jour J arrive, le train quitte Montparnasse et entre dans la brume… une fine pluie brouille le paysage, l’eau ruisselle sur les vitres jusqu’à arriver à Saint Quentin en Yvelines. Les organisateurs au micro nous préviennent timidement, sans affolement, que les conditions de course risquent d’être un peu délicates et que la boue devrait être un paramètre à prendre en compte…

Les vingt premiers kilomètres se déroulent normalement, nous prêtons attention à contourner les flaques d’eau, nous avons l’énergie de faire un petit saut de cabri au-dessus pour ne pas salir nos tenues… on pense à la photo finish nickel. Passé le ravitaillement de Buc au kilomètre 22, quelques flocons donnent un peu de romantisme au paysage, ça fait un peu cliché du Trail… chouette, on aura quelque chose à raconter au bureau lundi : « Tu ne vas pas me croire? On a eu de la neige ! »

Arrive le point d’eau de Meudon, 45 kilomètre, le froid devient saisissant, les joies et les sourires du départ nous quittent, la neige tombe à gros flocons, les sols blanchissent… beaucoup de gens parlent de la station RER qui est un peu en contrebas du château. Pour ma part, j’avais commencé une conversation avec un Vosgien que je souhaitais finir… Nous voilà repartis sans réfléchir et sans imaginer ce qui nous attend…

Les flaques deviennent des étangs de boues, les crevasses des torrents, les coureurs du 30 et du 45 ont labouré le terrain avant nous. On s’enfonce dans la boue jusqu’aux mollets, ça devient inévitable, des matelas de terre amortissent nos foulées dans les descentes, on n'a plus l’énergie d’éviter les bâches et les fossés, on se vautre dedans… Le Mud Day à côté est un parc de jeux pour enfants gâtés.

A ce moment, j’entends derrière moi fort à propos : "Il faut se tirer de ce bourbier avant la tombée de la nuit". Effectivement, jusque-là nous avions encore la chance de choisir la bâche de boue dans laquelle on voulait bien enfoncer nos baskets… un demi-heure après, c’est une nuit sans lune, les espaces entre coureurs s’élargissent, reste le bruit de nos foulées dans la boue guidées par la frontale…

Enfin le ravitaillement du Parc de Saint Cloud, 69 kilomètres : pour les runners de Courir en Duo, c’est un peu comme être à la maison… Sur les 10 derniers kilomètres en bords de Seine, nous sommes tous azimutés par la fatigue, l’envie d’en finir avec pour point de mire la Tour Eiffel dans une brume épaisse.Les abords de la Tour Eiffel deviennent euphoriques, enfin le Graal, 330 marches et deux rampes qui nous servent à tracter nos jambes épuisés… Un bruit courait qu’une pompe à bière avait été installée au 1er étage, je monte les marches deux par deux…

Résultat : 9h03min et 42 secondes - Classement : 206 sur 2400.Taux émotionnel à la 329 ième marche : 100%.

Epilogue : Dans cette épreuve, toute mon admiration revient à Adil et son Guide, à qui je tire un grand coup de chapeau.
Je remercie Mériam et Tony qui m’ont réellement soutenu et accompagné physiquement dans ma préparation.

En conclusion : Les projets, les soutiens et les bonnes ondes se trouvent aux deux bouts de la cordelette.

Régis.
 

(Cliquer sur les photos pour agrandir)