Marathon de Paris

8 avril 2018


    

Course emblématique, souvent rêvée, défi pour soi-même, partagée avec plaisir ou courue seule dans la douleur, le Marathon de Paris a rassemblé cette année de très nombreux coureurs de Courir-en-Duo : Mériam, Régis, Guy, Paulo, Aleksandra, Franck, Nicolas, Valérie, Patrick, Gérard, Odile, Rachid, Caroline, venus pour la totalité de la grande boucle ou pour une partie seulement.

Récit de Mériam :


Alors le voilà ce 8 avril 2018 , ça faisait longtemps que je l’attendais. Après un marathon râté à cause d’une blessure l’année dernière, après des semaines d’entraînements, des week-ends à se lever à l’aube pour rejoindre Régis, mon guide dans cette aventure, et aller courir dans le froid d’un hiver pourri, le voici…

Mon état d’esprit ? Excitée, l’envie d’en découdre mais aussi stressée, angoissée même. Entre des douleurs à la hanche et dans la cuisse qui m’ont gâché mes derniers jours de prépa, la pression que je m’auto-inflige bêtement et inutilement, ça fait un drôle de cocktail, totalement ingérable. Moi qui suis plutôt du genre euphorique avant les grandes courses, là j’étais ultra concentrée.

En plus, pas de départ anticipé pour les « coureurs debouts » cette année, on s’aglutine dans notre sas, ça joue des coudes et ça se bouscule au moment où les barrières sont retirées. Le départ cafouille un peu et enfin la libération… Nous nous élançons sur les Champs Elysées, Paris est à nous… et à 55000 autres personnes.

Les premiers kilomètres passent vite, il y a beaucoup de spectateurs en cette belle et chaude journée… trop chaude. Régis me raconte les rues qui défilent, j’ai l’impression de faire une visite VIP de Paris, je me sens très privilégiée. Nous sortons de Paris et c’est le Bois de Vincennes, plus calme et paisible que nous sillonnons pendant 10 km. Le retour dans Paris est saisissant, on retrouve la foule et les fanfares qui nous font joyeusement franchir le semi. Et hop, la descente sur les quais… Il fait chaud quand même …

Ceux qui me connaissent savent que j’ai en horreur les stops aux ravitaillements (ce que je vais rapidement payer) donc nous continuons notre avancéequi était plutôt régulière jusque là. Après le semi, la vitesse décline gentiement. Au 25ème, oh un ami ! C’est Patrick qui se joint à nous. Il tombe à pic car vers le 26ème sous je ne sais plus quel pont, rien ne va plus… Comme ça, sans prévenir, la batterie se vide, les moteurs ne répondent plus et s’éteignent les uns après les autres. Je me sens faible, j’ai des sortes de palpitations, je me mets à marcher et je m’entends dire « Je ne vais jamais y arriver » et Patrick de s’exclamer comme si j’avais dit la plus grosse des énormités du monde « Mais bien sûr que si ! Tu verras un kilomètre après l’autre, ça va passer ».

Sur ce j’avale je ne sais combien de quartiers d’orange (oui parce que par la force des choses, je me suis finalement arrêtée au ravitaillement), mes compères me réhydratent, me donnent de quoi me mouiller la tête, m’encouragent. Un des moteurs finit par toussoter peu et repartir faiblement. Je me traîne un peu, je m’économise en remarchant dans la montée du pont de l’Alma et les autres moteurs finissent par repartir eux aussi. Nous quittons enfin les quais de Seine, abordons la Tour Eiffel et oh surprise, oh joie, au 30ème km, tout un groupe de copains de Courir-en-Duo m’accueille à grands coups d’encouragements et de cris, mon prénom fuse dans tous les sens et c’est avec beaucoup d’émotion que je retrouve Guy, Paulo, Aleksandra, Franck puis c’est Nicolas fraîchement débarqué de ses vacances et Valérie en jean et tenant son sac à main qui courent à mes côtés, en me disant tous à quel point c’est super ce que je fais, qu’ils sont là pour moi et qu’ils ne me lâcheront pas.

Malgré tout cela une côte perverse du Boulevard Suchet me refera encore marcher quelques pas, mais après cela je ne m’arrêterai plus de courir jusqu’à la fin, portée par les mots et les bonnes ondes d’êtres chers. Au 34ème km, ce sont Rachid et Caroline qui nous rejoignent à grands coups de hurlements. Je suis touchée de retrouver Rachid ici car sa participation ne tient qu’à un paris qu’on s’est lancé en fin de soirée au ski. Lui qui n’est pas vraiment coureur, il s’est fixé le challenge de s’entraîner pour m’accompagner sur les 8 derniers km de mon épreuve. Un peu plus loin une autre petite voix crie mon prénom, une main dans la mienne pendant quelques mètres, c’est Caroline, une collègue, qui m’a trackée pour m’exprmier son soutien le temps d’un instant. On avance, on avance dans le bois de Boulogne puis c’est Hassan, accompagné de son légendaire enthousiasme, qu’on voit arriver. Il est revenu me chercher après avoir accompagné des copains. Il entre dans le cortège comme s’il entrait dans une grande fête de famille, en saluant chaleureusement tout le monde, en me complimentant sur ma coiffure et me demandant si je ne sortais pas du hammam tellement j’avais bonne mine. Elena, une copine du RMA (mon club de triathlon), revient également me chercher sur les derniers kilomètres. Un marathon ne suffit pas à cette championne au grand cœur, du coup après l’avoir croisée plusieurs fois sur la course et ayant emmenée son amie jusqu’au bout, elle rejoint notre folle épopée qui arrive en fin de course plus euphorique que jamais.

Je n’ai pas cité tout le monde, je sais qu’il y en avait d’autres à mes côtés, Jean-Philippe, Pierre, Garrette, ma grande Annick et Philippe frustrés de m’avoir loupée à la Bastille... Je savais que courir-en-duo était un haut lieu de solidarité et de partage, mais alors là je n’ai plus de mots pour décrire l’apothéose, le feu d’artifice avec lequel nous abordons la place Dauphine, la ligne d’arrivée est à combien Régis ? 195 mètres… ils sont tous là en bloc derrière moi les jaunes… 100 mètres, j’y crois à peine, je vais enfin devenir marathonienne et ça y est… Dans des cris de joie, des pleurs, des étreintes, nous franchissons l’arche. Là je ris, je pleure, je… je sais pas… je sais plus trop…

On me remet un T-shirt finisher, Régis me remet très solennellement ma médaille de marathonienne. Je fais de même en le sacrant chevalier de la légion des chasubles jaunes et on titube gentiment jusqu’à la voiture où nous attendent des flûtes et les bulles qui vont avec pour fêter ça. Quelle incroyable aventure humaine que ce marathon, un catalyseur d’émotions comme on en trouve surtout dans ces challenges qu’on va provoquer pour se sentir vivant… de l’excitation, de la joie, des doutes, de la douleur, des ressources insoupçonnées que le corps et l’esprit vont chercher je ne sais où pour continuer, de l’amitié, du partage, de la satisfaction et de la gratitude, beaucoup de gratitude car sans vous tous je n’aurais pas eu la chance de vivre un événement aussi mémorable qui me fera encore longtemps monter les larmes aux yeux.

Mériam

Récit d'Aleksandra :

Ce dimanche était une journée pas comme les autres : une journée de fête à Paris où toutes les nationalités arpentent les rues de Paris menant vers la mythique place de l’Etoile.
Ce jour de fête était aussi l’aboutissement de mois de préparation pour toi Mériam avec tes guides, dont Régis. Le jour où tu te présentais sur la ligne de départ du Marathon.

« Comment ? Quoi ? Mériam se lance sur le marathon ? ».« Ok, la patrouille arrive ». Aussitôt dit, aussitôt fait, les duos se constituent et trois binômes s’organisent pour t’accompagner et former ce beau quatuor à cordes, soit avec Caroline & Rachid, Paolo & Guy et Franck et moi (Aleksandra).

Le rendez-vous est pris, nous courons avec toi les 12 derniers km et Caroline & Rachid sur les 8 derniers. (Patrick, lui, t’a rejoint dès la moitié du parcours). C’est donc sous le pont de Passy que nous nous donnons rendez-vous. Tout le monde est coordonné, à l’heure, et nous sommes tellement impatients que nous avons 1 heure d’avance!
Qu’à cela ne tienne, l’équipe se ravitaille au bar en attendant, regarde sans cesse la montre, décompte les minutes, actualise 100 fois l’application pour vérifier tes temps de passage. Ça y est, d’après nos calculs scientifiques, tu devrais être là dans moins de 10 minutes.

Avec Paolo nous mettons en place une stratégie de repérage pour ne surtout pas vous manquer. La foule est dense à ce passage, la musique de Johnny fait courir tout le monde au même rythme. On scrute, on scrute, on cherche les T-shirt jaune fluo de l’association et soudain on vous voit sortir de cette foule précédés de Patrick. Aussitôt je bondis, fais signe à Paolo de l’autre côté de la route qui me répond par un clin d’œil d’acquiescement. Je précipite mon duo dans la course (désolée pour ce départ rapide Franck !).

On te retrouve Mériam donc à ton 30 ème km sur un rythme régulier de 9 km/h de moyenne environ, on t’entoure, les chants commencent ainsi que les messages d’encouragement. Tu esquisses un sourire mais tu restes très concentrée dans ta course, tu parles à peine. Puis progressivement tu ralentis, l’équipe s’inquiète, te voit marcher quelques mètres. On retient notre souffle, on attend, tu marches encore puis progressivement, sous les encouragements de Régis et de l’équipe, tu repars.

Les organisateurs ne s’étaient pas trompés, ils avaient hissé un mur de briques rouges de chaque côté de la route.
Tout à coup c’est Nicolas et Valérie qui font irruption de la foule pour t’encourager et courent à tes cotés quelques centaines de mètres. Nicolas te distrait quelques instants avec son bronzage de retour de vacances, tu te prends à rêver … puis retour à la réalité. Il fait chaud à Paris ce 1er dimanche d’avril, presque 20°C sous un beau soleil.
Puis c’est au tour d’Hassan de t’apporter une dose d’encouragements et de sourires. Tu lui prends le bras et le supplies de rester à tes cotés comme pour capter son énergie.

Un peu plus loin au 34e km, c’est Caroline & Rachid que nous retrouvons. Caroline se met à ta droite et te prodigue ses conseils de marathonienne (millésime 2017!). Derrière toi,  le binôme Guy & Paolo t’insufflent le vent du Mistral avec leurs accents chantants. Entourée, encouragée et dopée par le sucre du ravitaillement, tu es lancée à un rythme stable et les km défilent. A chaque pancarte verte annonçant le kilométrage je te lance ce même refrain « mais que vois-je à l’horizon ? » km 33, 34…. Le groupe rentre dans le bois de Boulogne, quelques virages plus loin et voilà l’allée de la Reine Marguerite, cette ligne droite interminable face à la Porte Maillot. Tu t’accroches, toujours aussi concentrée. Aucune grimace, aucun signe ne transparait sur ton visage.
 
A ce stade de la course les crampes et la fatigue gagnent d’autres coureurs. Certains marchent, d’autres s’arrêtent, d’autres encore abandonnent, le visage fermé. Heureusement, tu n’es pas de ceux-là, tu tiens bon.
« Mais que vois-je à l’horizon ? » km 37, 38, 39. Ca y est, nous sortons du bois, passons au pied de la fondation Louis Vuitton. A ce stade, on peut tout imaginer sur cette architecture: un animal à carapace, des voiles du bateau en pleine mer… toi tu prends ton envol pour les 2 derniers km.

« Mais que vois-je à l’horizon ? » km 40, 41, tu es lancée plus que jamais, on commence à rêver avec toi, le quatuor à cordes se resserre, toi en championne devant au bras de Régis qui arbore déjà le sourire de la victoire. La sécurité nous voit passer sans dossard (pas bien !!) mais n’ose pas nous séparer.
« Mais que vois-je à l’horizon ? » Km 42. Il reste alors 195 mètres de douleur et de concentré de bonheur. Le public à l’arrivée hurle, t’encourage, tape sur les banderoles de sécurité. Patrick devant, tel un chauffeur de salle, fait signe au public de t’acclamer plus fort, plus fort, plus fort !
 
Enfin Régis t’oriente progressivement vers le tapis de l’arrivée. Qu’il est doux ce tapis après les km de pavés ! Un cameraman s’approche de toi les yeux écarquillés, active son appareil et filme vos derniers mètres. Derniers pas, dernière souffrance, « lève, lève ! » et voilà la fameuse ligne d’arrivée.
Km 42,195 : tu tombes dans les bras de Régis, tous les deux visiblement très émus de l’effort accompli.
Nous y voilà, quelques kilomètres de course et un concentré d'émotions. Tu nous as fait peur quelques secondes mais rêver des heures !

Bravo à toi Mériam pour cette épreuve et ton courage.
Et bravo à Régis ainsi que tes autres guides qui t’ont amenée à cette victoire.

Aleksandra.
 



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Mériam , Régis et Hassan.

Regroupés sur une allée du Bois de Boulogne

On se concentre au départ.

Mériam et Régis devant la Tour Eiffel.
Dans la foule.
On reste ensemble.

Le long de la Seine !
Mériam et Régis : venez courir avec nous !
Les bulles après l'arrivée: complicité des finishers !

Courir-en-duo les mains sur l'épaule.