Marathon de New York - 4 novembre 2018

       

 

Récit de Mériam et photos :

C'était tellement bien ce marathon de New York, j'aimerais avoir une machine à remonter le temps pour tout recommencer à partir du hall de l'aéroport de Roissy. Bon à défaut, j'ai regroupé tous mes petits souvenirs histoire de ne pas les perdre. Alors voici ma version des faits.

Nous y sommes. Après déjà 3 jours de bonheur passés à New York, le réveil sonne à 04h30 ce 4 novembre 2018. La nuit a été très courte et j'ai l'impression que ma mère et ma sœur qui partagent ma chambre ont encore moins dormi que moi ! Ma mère bondit pour me faire chauffer du thé et Nadia est excitée comme une puce. Je regroupe rapidement mes affaires et Hassan toque à la porte pour m'emmener. Il s'est vêtu d'un magnifique sac poubelle pour l'occasion. Sur ce, maman et Nadia nous sautent dessus pour nous embrasser et nous souhaiter bonne course et nous descendons rejoindre Annick dans le hall de l'hôtel. On pousse des cris d'excitation en se retrouvant et Hassan me fait remarquer qu'Annick. ne ressemble vraiment à rien ! Effectivement, je me dois de préciser que tout le monde nous ayant prévenu qu'il faisait très froid en attendant le départ du marathon de NYC, Annick et moi avons emmené des fripes à laisser sur place pour l'attente. Et il faut avouer qu'Annick a poussé l'exercice très loin. Elle porte une énorme veste en cuir où on pourrait s'y mettre à plusieurs, un pantalon 3 fois trop grand qu'elle maintient avec des élastiques sur les côtés, un bonnet à paillettes, une écharpe je ne sais plus de quelle couleur... Et moi à côté de ça j'ai l'air plutôt correcte, Annick me dit que je ressemble presque à Audrey Hepburn avec mon buff jaune caca d'oie porté à moitié sur la tête.

Me voici donc, Audrey Hepburn mal fagotée avec ma poubelle ambulante au bras gauche et ma hippie daltonienne au bras droit sautillant vers les bus Achilles qui vont nous emmener au départ du grand événement. Nous y retrouvons des binômes et des solos du monde entier.

Face à nous dans le bus, une norvégienne qui cumule un handicap visuel et auditif, ses guides lui touchent les mains pour communiquer avec elle. C'est assez impressionnant mais quand on voit ce que ce petit groupe de norvégiens prend pour leur petit-déj, on se dit que des gens qui peuvent manger du maquereau en tube à 5 h du matin doivent être capables de tout endurer dans la vie !

Après 1h30 de bus, nous arrivons à Staten Island sur le site du départ. J'imaginais que nous serions ratatinés les uns sur les autres mais tout est hyper fluide, l'organisation est juste incroyable. Là où nous sommes Il y a de grands stands avec du café, des fruits, des baggels, des barres de céréales, plein de toilettes (hyper important vu les circonstances), ils font ça bien les américains... J'adore cette ambiance cosmopolite, on entend des langues du monde entier autour de nous, on échange quelques mots au hasard des gens qu'on croise. Il fait très beau, on abandonne nos fringues haute couture assez rapidement.

Ces derniers jours, plein de gens nous ont mis en garde sur la difficulté du marathon, les ponts sont longs et très pentus, les 5 derniers miles sont terribles car plutôt montants. Je relis donc sur mon téléphone tous les mots de soutien et d'encouragement que j'ai reçus pour me donner du courage et il est temps d'abandonner nos sacs et d'avancer dans les sas.

Nous sommes tous trois très excités et nous sautillons sur place en chantant qu'on va faire le marathon de New York ! On nous interpelle en nous disant "I love your enthousiasm". Bah oui c'est peu de le dire qu'on est enthousiastes.
Les hauts-parleurs nous accueillent en nous hurlant "Ladies and gentlemen, welcome to the start line of the 2018 New York City marathon !". Ca me donne des frissons et je remercie la vie d'être là. S'en suivent l'hymne national américain et les hélicoptères de la Police qui nous survolent.

Je suis à fleur de peau, les larmes aux yeux et le coup de canon qui donne le départ me fait faire un bond de 3 mètres, ce qui fait bien marrer mes compères.
On marche pas mal avant d'atteindre vraiment la ligne de départ et c'est parti pour un démarrage en côte sur le pont Verrazano, 1,4 km de montée à 4% mais on s'en rend à peine compte avec l'excitation.

Annick et Hassan ont choisi d'alterner le guidage tous les 10 km et je commence avec Annick à mes côtés. Le froid est quand même piquant sur ce pont. Hassan nous court autour comme un enfant en criant "Wouah wouah wouah on a Manhattan en face, Wouah les pompiers sur l'Hudson, c'est génial !". Je vous rassure il prend soin de m'indiquer les trous aussi au passage. Là on est qu'entre nous et on entend plus que les pas des coureurs sur le sol.

Très rapidement après le pont et les petites bosses qui s'en suivent, une femme nous accueille en criant dans un haut-parleur "Welcome to Brooklyn !". A partir de là et assez crescendo, nous retrouvons de plus en plus de supporters de part et d'autre de la route, on s'encourage aussi beaucoup entre coureurs. Nous remontons Brooklyn pendant longtemps, environ 18 km je crois. Hassan et Annick me racontent l'ambiance des quartiers, les langues des enseignes,... Il y a un ravito en boisson à chaque mile, ça cadence la course. Après 7 ou 8 km nous croisons une jeune femme avec une écharpe sur le buste, il s'agit de miss New York qui fait aussi le marathon, on s'encourage mutuellement et nous perdons quelque peu Hassan qui a regroupé toutes ses connaissances linguistiques pour franchir les barrières de la langue avec notre miss. Nous la dépassons elle et son cortège et continuons notre avancée.

Pour les new yorkais, le marathon est vraiment une fête immense, on a l'impression que toute la ville est dehors, certains ont sorti leur chaises de pique-nique, les églises ouvrent leurs portes, il y a des groupes de musique très régulièrement. Parfois les cris des gens qui nous encouragent sur les côtés sont si forts que j'entends à peine ce que me disent Annick et Hassan et quand les gens reconnaissent le nom d'Achilles sur nos t-shirts (l'association avec laquelle nous courons), ils y vont encore plus fort !

Ca nous a aussi pas mal amusé de croiser un punching ball à l'effigie de Trump !
Le semi se trouve sur le pont qui nous fait passer de Brooklyn au Queens, une vraie épreuve quand même car le pont n'est pas si long mais assez ardu. Il doit monter environ sur 400m à un bon 4%. Certains marchent déjà mais pour moi ça va encore. A Paris j'avais commencé à ressentir un gros coup de mou dès le 25-26ème km donc je commence à appréhender ce qui arrive, évidemment je sens les km parcourus mais pas encore de coup dur. Arrivés vers le 25ème km, Annick s'exclame "Oh je vois un pont qui arrive, mmmmm", elle se retient d'en dire plus. Hassan rétorque "Ca va aller, on va gérer, tranquiiiiille"... ce qui signifie je sais bien en langage d'Hassan "on va grave en chier mais on va s'accrocher".

Effectivement, effectivement, le Queensboro représente une montée de 1,2 km à 3% ce qui n'est pas si terrible si tant est qu'on a pas déjà couru 25 km avant. On a donc géré, lentement mais sûrement. Beaucoup de gens marchaient sur ce pont. Moi je montrais quelque signes d'impatience vis à vis de cette côte d'autant que mes amis avaient du mal à évaluer le point culminant du pont. Ils ont... temporisé comme ils ont pu. Heureusement une ambulance a ouvert ses portes et mis la musique à fond pour donner du tonus. J'étais donc super fière d'arriver à bout de cette épreuve sans marcher.

Après ce pont qui débouche sur la 1ère avenue, on retrouve une foule compacte et très excitée. Au sein de cette foule, un petit groupe un peu particulier...
Petit flashback sur la soirée pasta party d'Achilles du vendredi. En sortant du resto Achilles avait mis à notre disposition des pancartes et des feutres pour y mettre les slogans qu'on avait envie de voir à notre égard sur le parcours. On s'est fait un petit brainstorming bien marrant entre nous et on a inscrit plein de slogans farfelus sur les planches. Ma mère et ma sœur les ont embarqué sous le bras et, à cet endroit là, elles ont recruté tous les gens qu'elles ont pu autour d'elles, distribué les pancartes et les ont briefé pour crier mon nom à mon passage. Gros regain d'énergie donc en entendant ce petit groupe m'encourager à tue tête.

On se dirige donc vers le 30ème et là une crampe au ventre qui me stoppe net. Malheureusement un arrêt qui fait mal au corps et à la tête. Ca passe un peu, on continue d'avancer mais à partir de là c'est le début des difficultés me concernant. Heureusement un peu plus loin une amie française installée à New York m'attend dans cette portion du Bronx et j'entends "Mériaaaam, New York est avec toaaaaa !". Emmanuelle arrive même à faire quelques foulées avec moi, qu'est-ce que ça fait du bien et je lui dit un truc du genre "ça commence à devenir très dur". Elle m'encourage et ça repart.
Vers le 33 ou 34ème, malheur ! Un resserrement, des pieds qui s'embrouillent et j'entends quelqu'un chuter très lourdement près de moi. Je sursaute, m'en inquiète et Hassan me dit que c'est Annick. On s'arrête et Hassan me dit qu'elle a l'air bien assommée. Elle a cogné un peu la tête, la hanche et un autre coureur lui est tombé dessus. Gros moment de doute mais Annick boitille un peu vers nous et nous dit d'un ton assertif "on repart", elle me dit être sûre d'elle mais commence un périple douloureux pour elle et moi. Les kilomètres deviennent pesants pour mes jambes alors je me divertis comme je peux en convertissant les miles en km, les km en mètres, les mètres en secondes et les choux en carottes.

Les 5 derniers miles sont en faux-plat montant, les jambes ont de moins en moins envie d'avancer, Annick et moi traînons nos douleurs sans avoir la force de parler. De temps en temps elle me presse la main, pas besoin de mots, je comprends qu'elle me dit "Je sais que tu es au bout de toi-même, moi aussi, mais on va y arriver".
Je me sens vacillante et je cours les yeux fermés. Autour de moi les encouragements des new yorkais ne sont qu'un bourdonnement. Je sais que vu mon état, il ne faut pas que je néglige mon hydratation donc je me permets de faire quelques pas le long des ravito qui arrivent pour boire correctement car pour ceux qui n'ont jamais essayé de boire d'un verre en carton en courant, sachez qu'en général on s'en met 1/3 dans le nez, 1/3 à côté et le reste dans la bouche.

Hassan voit bien que je suis à un cheveu de m'arrêter complètement à chaque ravito, alors ses prières de ne pas le faire m'encouragent à relancer mes pauvres pieds. Il fait beaucoup d'efforts pour m'encourager et me rappelle que plein de gens chers sont en ce moment derrière leur téléphone pour nous suivre, ils m'en cite certains, ça me réchauffe le cœur et je pense à eux qui pensent à moi. J'essaie de me réciter tous les messages relus avant de balancer mon sac à la consigne.

Arrivent enfin les 2 derniers km. Annick reprend la main et m'appuie encore plus là où ça fait du bien. Elle me dit que ma mère et ma sœur sont là, elles nous attendent à l'arrivée donc l'avant-dernier km je dois le faire pour Nadia et le dernier pour ma mère. C'est ce que je fais, les 400 derniers mètres sont pour nous trois, on rentre enfin dans Central Park... enfin je devrais dire les derniers 800 mètres car Hassan a toujours un peu tendance à minimiser les distances ;-). En tout cas on arrive dans l'allée vers l'arche d'arrivée bordée par des drapeaux de tous les pays. Je soupçonne Annick de m'inventer quelques drapeaux pour me divertir mais peu importe, on arrive tous 3 main dans la main et on tombe dans les bras l'une de l'autre avec Annick. Nous terminons toujours nos courses par un câlin mais celui-ci est particulier, plus long et plus profond que d'habitude, avec plus de larmes aussi. Il me rappelle celui vécu 3 ans auparavant à Bali lors d'une autre aventure extraordinaire.

On ne s'en lasse pas de ces douleurs et de ces émotions. Je ne saurais assez remercier Annick et Hassan de les partager avec moi, je ne pouvais pas rêver meilleurs amis pour vivre cette aventure.

Mériam

 

(Cliquer sur les photos pour agrandir)

Avant le départ
Avant le départ
Après le départ
Après le départ
Avant le départ
Brooklynn
Arrivée à Central Park
Arrivée à Central Park
Pont de Brooklynn
Pont de Brooklynn
Avant le départ
Médaillés
Détente
Détente
Médailles du Marathon 2018
Médailles du Marathon 2018